Tenue de protection
Photo Tenue de protection

[Sans titre] - Tenue complète de protection chimique - Entre 1925 et 1930 Auteur non identifié - Gélatino-bromure d'argent - H. 45,5 x L. 21,5 cm - Inv. 2002.19.4

Ce tirage argentique représente un "arrangement" de vêtements de protection à des fins publicitaires, vraisemblablement pour une plaquette ou un catalogue. Il est le témoin d'une période où la photographie s'impose dans l'illustration de presse et la publicité, au détriment du dessin. Il fait partie d'un lot de 6 acquis en même temps par le Musée.

Tenue de protection

Charles Sanders Peirce, père de la sémiotique moderne, nous apprend que nous pouvons observer les phénomènes, soit tout ce qui vient à la perception et à l’esprit, sous trois points de vue. Du point de vue de leurs qualités, ce qu’il a appelé de priméité, du point de vue des objets existants, ce qu’il a appelé de secondéité et de du point de vue de l'esprit, ce qu’il a appelé de tiercéité. Etant  priméité la pure qualité de sentiment, secondéité notre conscience à agir avec le monde sans cesse et la tiercéité,  la synthèse intellectuelle, pensée en signes. Secondéité et Tiercéité n'existant qu'en fonction de la priméité. Outre cette relation, la tiercéité nécessite l’existence de la secondéité. Signe est tout ce qui essaye de représenter son objet. Tout ce qui est à la place de son objet. Pour une analyse plus directe d'un signe, dans ce cas la photographie, nous croyons devoir expliciter la relation de celui-ci avec son objet. Cette relation, une des classifications du signe dans sa théorie, Peirce l’a nommée comme suit : quand le signe est en relation avec son objet au niveau de priméité, c'est-à-dire, quand le signe essaye de représenter son objet par similitude des qualités, le signe est une icône, au niveau de secondéité, regarder et constater une relation en fait, le signe est un indice et quand celui-ci produit à l'esprit une association d'idées, le signe est un symbole. Et encore, selon la théorie sémiotique de Charles Sanders Peirce, toute photographie se caractérise comme étant un signe majoritairement indexical, donc, un signe qui indique un existant singulier hors du signe lui-même.

Tenue de protection est le titre d'une photographie. Cela peut sembler évident, mais il est important de se rappeler que quand on affirme que c'est une photographie, nous affirmons que cette image a été prise avec une caméra et qu’il existait quelque chose devant celle-ci, ce qui a été photographié. Dans ce cas-là, des éléments préparés, arrangés, ont été photographiés comme s’ils étaient organisés pour faire partie d'une vitrine ou d'une pièce publicitaire. Si nous supposons que la photo représente son objet avec une relative efficacité, nous pouvons penser que la préparation de cette photo a été faite de la manière suivante: sur une surface rectangulaire en bois, des éléments qui font partie de vêtements de protection contre les produits chimiques (ce qui nous est indiqué dans le catalogage de la photo) ont été placés. Nous pouvons comprendre la photographie comme un signe, dans le sens où elle fait une médiation entre ce qui est photographié et celui qui voit la photo, en étant, dans ce cas-là, un type de signe qui indique que nous sommes devant des éléments existants disposés sur un panneau en bois et qui appartiennent au paradigme de la protection contre quelque chose. D’où, son caractère indiciaire. Même en sachant qu’il s’agit d’une photo en noir et blanc, et que cela est une limitation de l’époque où elle a été faite, la qualité technologique se montre assez bien, ce qui nous permet la perception des éléments visuels qui nous fournissent des moyens d'interpréter ce signe.

Du point de vue qualitatif-iconique, ce qui nous incite à la compréhension du signe sont les matérialités, les formes, les luminosités, les traces, les tonalités, les contrastes des éléments disposés. Pourquoi pouvons-nous inférer que les éléments de sécurité sont disposés sur un panneau de bois ? Parce que cette figure géométrique nous offre une qualité dans sa texture visuelle qui est semblable à la texture propre  du bois, cela est suggéré par les tons, par les « dessins ondulés » que nous pouvons vérifier quand nous regardons ce rectangle. Toujours de la même manière, nous pouvons noter, dans chaque élément, une qualité visuelle de luminosité et de texture qui nous suggèrent et qui nous mènent à l’interprétation des signifiés. Commençons par les différences de la matérialité des éléments qui, même avec ces différences, peuvent suggérer des matériaux qui servent à protéger.  Voyons : les qualités de brillance nous permettent d’inférer que le casque peut être constitué en métal, en caoutchouc et en verre, car chaque matière a son éclat caractéristique, bien que ce soit évident que tout cela va dépendre du répertoire de son interprète (son spectateur). Ces qualités composent une figure semblable avec une chose correspondante dans le monde visuel, en servant pour identifier, par similitude, les instruments qui sont disposés autour du casque, et qui sont aussi confectionnés avec du caoutchouc et du métal, (éléments à gauche du casque) et de métal et de verre (type de masque à sa droite). En ce qui concerne les pantalons, la veste et les accessoires (gant et protecteur de jambes), de façon similaire, l'incidence moindre de la luminosité, les plis et la texture du matériel qui compose ces pièces, suggèrent qu'ils ont été fabriqués en tissus plus solides, plus épais, propres à la protection. Il est important de remarquer que la même qualité « luminosité », dans sa plus grande ou moindre incidence, suggère différentes textures et donc, différents matériaux.  

Du point de vue indicatif-contextuel, les voies sont suffisamment claires, car les indices exposés, à savoir : le casque, le masque, les équipements, les pantalons, la veste, le protecteur de jambe, le gant montrent cet ensemble comme appartenant à la classe de vêtements de protection. Le casque ne ressemble pas à un chapeau commun ou à un béret, l’ensemble vêtement et pantalons, ne se montrent pas comme une tenue de soirée ou le gant n'est pas un gant du « monde de la mode », par exemple, mais ce sont des existants qui, selon le répertoire du spectateur, indiquent l'univers auxquels ils appartiennent, indices qui, dans leur ensemble, forment une spatialité qui peut garantir qu’il s’agit d’un paradigme de protection. Ces éléments ont été disposés de manière à monter un décor qui dans un gestalt peut garantir une telle interprétation.

Prenons, maintenant, le plan conventionnel-symbolique. L'absence d'un texte verbal écrit ou des éléments plus symboliques du monde de la publicité, ne nous permet pas d'affirmer que celle-ci est une photo publicitaire d'un produit ou un service, néanmoins, on peut conclure qu'il s'agit de quelque chose de préparé pour émettre un message de l'univers de la protection. L'interprétation selon laquelle il s'agit d’un ensemble de protection contre des produits chimiques est facilitée, pour ceux qui ne possèdent pas un répertoire suffisant dans ce domaine, grâce aux informations verbales écrites dans la fiche de catalogage, qui, probablement, a été insérée seulement pour son classement au musée. Cette photographie répond aux normes d'une thématique de protection. Le casque, nous fait penser, par exemple, aux casques des chevaliers médiévaux - protection -, le gant, peut nous renvoyer aux gants thermiques de cuisine - protection -, l’ensemble pantalons/veste, la protection même du corps. Enfin, avec tout cela, cette photo, ce message visuel, nous amène à l'interpréter de plusieurs manières sous un même point de vue, à savoir : la protection. Nous pouvons penser à une photo préparée pour une publicité d'une revue spécialisée en vêtements de protection contre les produits chimiques, ici dans un message d'aspect plus indiciaire et direct, ou d'une forme narrative plus métaphorique, transmettre l'idée de protection contre une épidémie (grippe porcine, par exemple), ou encore, un manifeste contre l'industrialisation qui cause la pollution par les gaz toxiques. De toutes manières, la photographie est un signe lequel qui montre ce qui est devant  lui. Ses aspects iconiques, indiciaires et symboliques forment un ensemble de représentations pour que le spectateur de ce signe puisse, conformément à son répertoire et avec la direction donnée par le producteur de la photo, arriver aux interprétations dans la limite de sa compétence interprétative.

OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES

- Décrire une image

- Deviner son objectif

NOTES

Pas de notes pour cette étude. 

AUTEUR
Photo de l'auteur

Antonio Roberto Chiachiri

Maître et Docteur en Communication et Sémiotique, Professeur titulaire  Faculté de Communication Cásper Líbero, Professeur PUCSP- Sémiotique Psychanalytique. Coord. Groupe Images - Centre Intern. d’Études Peirciennes Sémioticien des Instituts de Recherches Brésiliens. Membre Comité Brésilien Exécutif de l’Association Internationale de Sémiotique. Lignes de recherches : communication, sémiotique Peircienne, publicité, images. Livre : La stratégie de suggestion de la publicité : une analyse sémiotique

RÉFÉRENTS VISUELS
Photo référente

ZIELKE Willy. Variation Agfa I, vers 1930, gélatino-bromure d'argent.

Inv. 2003.15.1.12

Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
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