Le Camp de Septfonds par Kitrosser
Photo Le Camp de Septfonds par Kitrosser

[Sans titre] - Reproduction d'un article illustré par Isaac Kitrosser - Vers 1944
Isaac KITROSSER
Gélatino-bromure d'argent
H. 18,1 x L. 24 cm
Inv. 82.3993.228

Leurs photographies sont faites pour influencer le cours de l’histoire, pour résumer une situation et la dénoncer, au même titre qu’un article écrit.
Certaines photographies deviennent des symboles

Le Camp de Septfonds par Kitrosser

Nous découvrons le document : la photographie d’une double page de magazine. Notre regard glisse de gauche à droite pour descendre jusqu’en bas du document. Cette lecture rapide a enregistré un homme en guenilles, dans une posture droite, le regard vers le lointain. L’accroche du titre " le meilleur reporter d’Europe avait photographié son camp de concentration"  nous guide vers la petite photo à droite de type " identité" nous présentant rapidement un grand photoreporter du nom de Kitrosser. Dessous nous découvrons des hommes groupés derrière un homme en prière, nous revenons vers la gauche pour découvrir un homme souriant, torse-nu. Pour finir, nous observons les cinq petites photos rendant compte de diverses situations.

Cette première approche peut nous surprendre, quel est le sujet de ce document ? Les images photographiques que nous lisons associées au titre " camp de concentration" peuvent nous interroger. Pourquoi ? Dans notre mémoire collective d’autres photographies sont enregistrées. Nous avons en tête les reportages réalisés à l’ouverture des camps de concentration et d’extermination où les corps sont squelettiques, décharnés, les regards hagards. Des images de survivants aux hardes rayées défilent dans nos têtes, des images d’horreur se succèdent et cela n’a rien à voir avec ce que nous avons sous les yeux.

Nous devons alors articuler le texte et les images photographiques pour comprendre. Sorties de leur contexte les photographies ne communiquent rien. Ce qui nous permet de souligner l’importance des légendes et des textes qui accompagnent ces photographies. La lecture photographique s’en trouve guidée. Nous ne pouvons pas interpréter autrement ces photographies qui constituent un reportage sur le camp de Septfonds. L’objectif du reportage, est de communiquer des informations.

Nous sommes en 1944, la libération des camps de concentration et d’extermination nazis n’a pas encore eu lieu. La grande majorité de la population ignore non pas la réalité des camps mais l’organisation de la " solution finale". Il nous faut prendre en compte cela. Sur cette double page sont publiées les photos d’un camp de concentration français prises deux ans plus tôt en 1942, sous le régime de Vichy. Photographies réalisées à l’insu de l’administration en place. Nous pouvons penser en observant cette double page, que Kitrosser s’est limité au quartier des hommes.

Il s’agit d’une iconographie française publiée dans un magazine français.

Nous allons aborder ces photographies telles qu’elles furent présentées à l’époque, dans un contexte de Libération mais non de fin de guerre.

Nous allons lire ces documents photographiques accompagnés des textes et légendes, et pour ce faire : suivre le schéma proposé (voir dasn référents visuels à droite).

1- Nous découvrons un homme vêtu de haillons, des galoches aux pieds, un béret sur la tête. Il pose le regard au loin, devant une des baraques du camp. Il pose, complice de celui qui derrière son viseur enregistre l’histoire : Kitrosser. La légende nous apprend qui est cet homme aux allures de vagabond : " engagé volontaire dans l’armée française, Schututz est maintenant déporté. C’était un des plus grands directeurs de théâtre de l’Europe centrale." [1]

2-  Mais qui est Kitrosser ? [2]

Il nous est présenté dans le petit encart. Sa photo de type identité légendée " Kitrosser en reportage" est très intéressante pour deux raisons : à l’époque l’identité des reporters était très souvent occultée au profit des organes de presse, et d’autre part nous disposons d’un cliché photographique qui nous permet de comprendre d’où cette photo est extraite. Le petit texte d’accompagnement nous indique : " Kitrosser est un habitué de toutes les salles de rédaction des magazines européens édités depuis quinze ans, où on l’appelle familièrement " Kitro". Avec Salomon [3] à Londres, c’est le spécialiste du reportage indiscret qui a fait la grande vogue des hebdomadaires d’avant-guerre…"

 

3- La légende guide notre lecture : "Le jour du Grand Pardon. Les 80 israélites du camp se réunissent dans une baraque et récitent les prières avec leur rabbin. Tous ont été emmenés en Allemagne".[4] Nous découvrons un groupe d’hommes priant, derrière leur rabbin, tous face à la lumière. Ils sont dans une baraque en bois au sol de terre battue. La légende est d’autant plus intrigante, qu’elle dit sans dire. Elle dit voyez " ils sont libres de célébrer leur culte", elle dit "ils ont tous été déportés en Allemagne". Mais elle ne dit rien de leur extermination. 

 

4- Un texte, une photo, une légende. " Le gouvernement de Vichy faisait interner, en 1942, au Camp de Septfonds, quelques centaines d’hommes qu’il estimait préférable pour sa politique, de voir cesser toute activité journalistique, littéraire ou artistique. Kitrosser fut du nombre. Il ne tarda pas à voir, dans l’existence de ses compagnons, l’étonnant documentaire humain qu’il pouvait réaliser et à se procurer un appareil d’amateur. Il lui fallut plusieurs semaines pour terminer son travail et dut employer, pour le mener à bien, toutes les ruses que pratiquent les prisonniers pour obtenir par l’habileté tout ce qu’on leur interdit par la force. Les 90% des compagnons de captivité de Kitrosser ont été déportés en Allemagne. Ils ont perdu dans ce transfert les quelques objets qu’on leur laissait encore : et combien reviendront un jour des hommes libres ? " Kitro" réussit à s’évader, vécut longtemps caché, changeant cent fois de domicile, gardant toujours sur lui les quelques rouleaux de pellicules souvenirs de la plus dure aventure de sa vie."

Ce texte est plus explicatif. Cependant les termes utilisés demeurent encore vagues. Comme par exemple : " l’étonnant documentaire humain" et " la plus dure aventure" on peut vraiment s’interroger sur la justesse des mots ! Le reportage de Kitrosser s’inscrit dans un acte de résistance. Il veut témoigner, il n’a qu’une arme : l’appareil photo qu’il a pu se procurer au camp. Selon les situations photographiées et sélectionnées dans cette double page, on peut imaginer la position du photographe, quand le ou les photographiés sont complices ou bien au contraire quand le reporter doit faire preuve d’une grande discrétion pour saisir, sans se faire remarquer, des clichés de la vie au camp. Mais le commentaire est bien fade. Pourquoi en 1944, une telle réserve ?

Sous ce texte une autre photographie : un homme torse-nu, sous le soleil. Il a l’air jovial, il tient une bassine et un gros pinceau. La légende nous indique qu’il s’agit de :

"Grünfeld, directeur de l’Institut Freud, à Vienne, dans l’ancienne Autriche, a fondé au camp une université populaire clandestine". Voici présenté un autre intellectuel privé de ses droits, un homme qui lutte pour la liberté de penser. [1]

 

5- Cinq petites photos pour tenter d’expliquer le quotidien au camp. De gauche à droite : " La chasse aux parasites baptisés par les internés du camp de Septfonds : guerre de mouvement". On peut voir un homme dénudé, les pieds dans la neige devant une baraque, en séance d’épouillage. Cette prise de vue témoigne des mauvaises conditions d’hygiène imposées aux internés. [5] La légende …une note d’humour des internés.

 

"Kitrosser construisit cette balance pour partager exactement la boule de pain en quatre". Témoignage d’équité. Le photographe est à l’origine de cette invention. [6]

 

Les trois photos suivantes appartiennent à une autre stratégie, là aucune complicité entre le photographe et les photographiés. On peut imaginer la discrétion dont fait preuve le photographe pour capturer ces moments du quotidien.

Photographies et légendes pointent la responsabilité de l’administration française dans cette organisation d’internement.

"Deuxième bureau" était le service de censure des lettres par un fonctionnaire" puis "Dans un bureau grillagé, le commandant du camp vérifie le contenu d’un livre saisi." et encore" Le bar des gardiens et du personnel était, le plus souvent alimenté par l’argent confisqué aux internés. Il était garni des meilleurs bouteilles" Ces photographies témoignent de la domination de l’homme sur l’homme, de la privation de droit et du vol nommé "confiscation". Là encore la légende reste très réservée. La présentation est très lisse. Seul, le point de vue nous permet d’imaginer Kitrosser tenant son appareil photo caché par une veste sur son thorax.

Après cette description, nous pouvons disposer d’un ancrage historique plus précis, afin d’analyser ce document.

 

Pistes de recherches à partir de l’analyse de cette double page de magazine, photographiée.

Nous sommes en présence d’un reportage présenté dans un magazine en 1944. Aujourd’hui, devant ce document nous avons une forte responsabilité, il s’agit de bien comprendre ces clichés. L’existence du camp de Septfonds est sortie de l’oubli avec le travail très documenté de Sylvain Zorzin, " Soixante ans d’histoire et de mémoires (1939-1999)", mémoire de recherche à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux en 2000 ainsi qu’un travail d’archives très intéressant disponible sur le site du village de Septfonds. [7]

 

A la lumière de ces informations historiques nous pouvons mieux aborder cette double page de magazine. Nous pouvons comprendre que Kitrosser cherche sans doute à faire passer le message suivant : "un régime au service des nazis, Vichy, élimine de la vie publique les intellectuels, artistes…la communauté juive…ces hommes seront déportés dans les camps nazis" L’interrogation porte également sur leur chance de survie. Mais au moment de ce témoignage, on ne dit pas : "seront exterminés dans les camps de la mort".

 

Cette double page soulève diverses problématiques comme par exemple : la relation texte-image, le rôle du couple photographie-propagande, photographie-résistance, le pouvoir d’attestation d’une photographie, le rapport entre mémoire et histoire…

 

La relation texte-image :

Dans la double page du magazine nous avons les photographies de Kitrosser accompagnées de légendes et de textes sûrement rédigés par la rédaction du journal. L’article n’est pas signé par le photographe. Cela peut en partie expliquer le ton employé pour témoigner des conditions du camp. Nous avons pu constater lors de la description, combien les photographies sans accompagnement textuel pouvaient perdre toute signification.

Nous sommes cependant un peu étonnés de cette réserve au regard du document suivant. La communauté éditoriale n’était pas sans information !

Photographie-propagande :

Pendant la seconde guerre mondiale le couple : photographie-propagande, sera au service de la bonne ou mauvaise cause. Les acteurs de la seconde guerre mondiale sauront utiliser les médias que sont la photographie et le cinéma.

Le détournement de photographies fut très important. Les photos furent soigneusement choisies et truquées. Dans le camp de concentration de Dachau, la photographie fut au service de l’univers concentrationnaire : au travers de son travail de propagande, le régime nazi, met en place une imagerie apaisante. Le camp apparaît alors comme un lieu de rééducation et d’apprentissage. 

L’administration nazie voulait montrer combien son organisation était efficace. Des services photographiques spécialisés furent créés. À Ravensbrück, par exemple les photographies étaient archivées et organisées dans des albums. Lors des visites de dignitaires du régime, militaires ou cadres politiques ces albums étaient consultés. Ils remplaçaient quelquefois la visite du camp. Ils avaient valeur d’exposition, un regard extérieur. Les photos sagement collées dans l’album donnaient une image magnifiée du camp.

 

Photographier pour témoigner :

A la libération des camps en 1945 la photo et le cinéma sont utilisés pour témoigner. Ces enregistrements fixes ou animés ont valeur de témoignage, ce sont des preuves irréfutables (toute preuve filmée ou photographiée est accompagnée d’un descriptif précis et d’une attestation du photographe sous serment qu’il s’agit bien de la réalité.) Mais les images fixes ou animées pourront-elles jamais témoigner de la véritable horreur ?

Certes non dira Jorge Semprun :

" J’ai pensé que mon souvenir le plus personnel, le moins partagé…celui qui me fait être ce que je suis…qui me distingue des autres, du moins, tous les autres…qui me retranche même, tout en m’identifiant, de l’espèce humaine…à quelques centaines d’exceptions près…qui brûle dans ma mémoire d’une flamme d’horreur et d’abjection…d’orgueil aussi…c’est le souvenir vivace, entêtant, de l’odeur du four crématoire : fade, écœurante…l’odeur de chair brûlée sur la colline de l’Ettersberg…"

Jorge Semprun " L’écriture ou la vie" Gallimard, octobre 1994, page 302.

 

Photographie et résistance :

Nous avons vu au travers de quelques exemples combien la photographie pouvait être étroitement liée avec la résistance. Rudolf Cisar à Dachau, Georges Angéli au camp de Buchenwald ont au péril de leur vie réalisé des clichés… Dans ces conditions effroyables nous pouvons comprendre la valeur d’un tel acte : enregistrer, attester, montrer au monde.

Certains opéraient seul, d’autres en équipe au sein d’un réseau de résistance, certaines photographies franchirent les barbelés et arrivèrent à destination, d’autres non. La plupart du temps les photographies étaient accompagnées d’un texte, car là encore le cadrage d’une situation ne suffisait pas à lui seul à expliquer, à attester.

Depuis la confrontation avec l’innommable, avec l’in-montrable pendant la seconde guerre mondiale, l’information pose des questions aux photographes :

Les camps nazis peuvent-ils se résumer à des clichés de charnier? A trop vouloir demander un rôle testimonial aux images photographiques ne risque t’on pas d’offrir des visions parcellaires ou de glisser vers des manipulations?

Les images photographiques s’avèrent souvent très dépendantes du commentaire.

 

 

Statut de la photographie de presse :

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la profession des photographes de presse, va affirmer son esprit d'indépendance. Ce sera avec la création de Magnum. Cette coopérative photographique, est créée en 1947 par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, George Rodger et David Seymour. Elle avait pour but de permettre aux photographes de garder un contrôle total sur les droits de leurs photos. Auparavant, les agences photographiques achetaient tous les droits sur les productions des photographes, une fois leurs droits vendus, ceux-ci n'avaient plus aucun contrôle sur l'utilisation de leurs photos. Ni sur la photo, ni sur le commentaire que l’on pouvait en faire. Le document que nous analysons date de 1944. Et l’on peut imaginer combien le texte, la mise en page, le choix du gros titre sont déterminants en fonction de la ligne éditoriale de magazine.

Gisèle Freund dans son ouvrage " Photographie et société" explique combien "il suffit souvent de peu de choses pour donner à des photos un sens diamétralement opposé à l’intention du reporter", si elle en a fait les frais avant la seconde guerre mondiale elle nous donne de nombreux exemples postérieurs à la création de Magnum !

Gisèle Freund " Photographie et société" éd. Points, 153-163.

 

Mémoire-histoire :

Aujourd’hui un tel document que cette double page de magazine pose le rapport qui peut exister entre la mémoire et l’histoire. Ici Kitrosser nous a transmis la mémoire de ce qu’il a vécu dans ce camp de concentration français de Judes dans le village de Septfonds. Ce reportage clandestin a été réalisé sur quelques semaines : avec la photographie de la cérémonie juive nous avons pu établir une date exacte et la présence du soleil et des premières neiges nous indique que ces quelques semaines peuvent se situer entre septembre et début novembre 1942. Ce que nous transmet Kitrosser c’est son sentiment, son regard devant une telle situation. A partir de ces photographies et en articulation avec les commentaires, comment l’historien peut-il construire l’histoire ?

 

Aujourd’hui, photographier, témoigner :

Aujourd’hui quelle est la place de la photographie à côté de la presse filmée? La place de la photographie avec les téléphones portables et l’internet?

Aujourd’hui les clichés sont diffusés plus vite. Les données numériques sont envoyées aussitôt aux agences via les satellites.

Photographier, est-ce encore une forme de protestation?

Photographier est-ce réaliser un devoir de mémoire, rendre l’ignorance difficile?

Peut-on, doit-on photographier la douleur des autres? Pour qui, pourquoi?

 

Elisa Fuksa-Anselme

 


 

[7] - Un peu d’histoire :

Le camp de Septfonds, plus exactement le camp de Judes (lieu dit) sur la commune de Septfonds dans le Tarn et Garonne voit le jour en mars 1939. Des milliers de réfugiés espagnols fuyant la dictature de Franco, passent la frontière. Le gouvernement français n’est pas préparé à un tel afflux, aussi le Président du Conseil Edouard Daladier demande à chaque département du sud-ouest de trouver un terrain. Pour le Tarn et Garonne ce sera Judes. En effet du 2 au 20 mars 1939 16 000 réfugiés espagnols sont dirigés sur Septfonds : des combattants, des intellectuels, des artistes avec leurs femmes et leurs enfants arrivent par convoi dans ce petit village. Dans l’urgence on fait appel à des charpentiers et les réfugiés espagnols devront participer à la construction du camp. Ceci devait être transitoire. Le camp va devenir un grand réservoir de main d’œuvre pour les entreprises locales. Certains espagnols vont s’évader, d’autres retourneront en Espagne, d’autres encore partiront aux Etats-Unis.

Mais en 1940 c’est la déclaration de guerre, ce camp deviendra alors un camp militaire de mobilisation. Le 11 juillet 1940, la République est dissoute, l’Etat français est proclamé à Vichy. Le gouvernement du maréchal Pétain va utiliser la structure des camps existants en camps d’internements pour une « nouvelle population ». Ce sera le cas du camp de Judes.

Dès le 3 octobre 1940 le régime de Vichy pose les bases légales de sa politique anti-juive : des juifs de l’est, mais aussi de France sont raflés, internés puis déportés. Sous cette nouvelle administration, le camp de Judes prend sa part de fonctionnement.

A partir de janvier 1941, des étrangers sont internés : des allemands qui fuient le régime nazi, des officiers des armées ex-alliées. En juillet 1941, des militants communistes sont arrêtés transférés à Septfonds, interrogés et déportés à Dachau, puis Buchenwald.

En fonction de sa petite structure, Le camp de Judes à Septfonds devient un camp de triage vers d’autres camps d’internement.

En 1942 le camp de Judes participe à la mécanique de la solution finale. Fin août et début septembre : 295 juifs seront ainsi déportés et exterminés à Auschwitz. C’est dans cette période que le photographe Isaac Kitrosser est interné.

En 1945, un curieux retournement de l’histoire fera de ce lieu un camp surveillé où seront emprisonnés les collaborateurs, en attente de leur sort.

OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES

- Contextualiser une image

- Analyser la composition d'un article de presse

NOTES

[1] Vie culturelle :

Avant la déclaration de guerre avec l’Allemagne, ce camp reçoit les réfugiés espagnols et, malgré des conditions de vie très difficiles une vie culturelle intense existe. Lorsque le camp devient ce lieu de détention, de triage et de déportation,

la vie intellectuelle subsiste. Kitrosser pointe ici cette forme de résistance.

 

[2] Isaac Kitrosser :

Né à Soroca (en Bessarabie, annexée à l’époque par la Russie), d’un père daguerréotypiste, Isaac Kitrosser (1899-1984) poursuit des études d’ingénieur en mécanique et en électricité à l’université de Prague. Il s'installe en France en 1922 et ouvre à Paris un magasin de matériel photographique avant de devenir photographe de plateau pour le cinéaste Abel Gance. Lucien Vogel, créateur du magazine Vu, remarque son travail et l’engage. Cet emploi lui permet, selon ses propres mots, d’ "immobiliser la vie". Vers 1938, il quitte Vu et devient correspondant à Life. Engagé dans la résistance pendant la Deuxième Guerre mondiale, il est arrêté par la Gestapo et interné au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne) où il continue de pratiquer la photographie. C'est grâce à ces images, publiées en 1944, qu'il entrera plus tard en tant que photoreporter à  Paris-Match ( Magazine hebdomadaire français d’actualités et d’images, né en 1949 et célèbre par sa devise : « Le poids des mots, le choc des photos ».)

 

[3] Erich Salomon :

Il sera le premier à photographier des gens à l’intérieur sans qu’ils s’en aperçoivent. Ces photographies sont vivantes parce que non posées. Les progrès techniques du matériel vont engendrer une nouvelle vision.

Gisèle Freund dira :

«Ce sera le début du photojournalisme moderne. Ce ne sera plus la netteté d’une image qui lui donnera de la valeur, mais son sujet et l’émotion qu’elle suscitera.»

 

[4] « Le jour du Grand Pardon… »  voir le visuel dans la partie visuels référents

Si cette photographie nous présente ce groupe d’israélites pendant leurs prières, la légende n’indique pas leurs conditions de vie au camp. Cette baraque dont nous voyons l’intérieur est un autre témoignage de ce que ne dit pas explicitement la photographie mais ce que décrivent les archives de Montauban.

(Consulter les sites de Sylvain Zorzin et du village de Septfonds)

 

[5] Les conditions d’hygiènes : voir les visuels dans la partie visuels référents

Deux photos de Kitrosser, montrant « la toilette » en plein air et «la désinfection » dans une baraque. La photographie de la toilette dans le pré est éloquente. Torse nu ou complètement dénudé, ces hommes tentent de faire un brin de toilette. La scène semble paisible et les photographiés totalement complices de Kitrosser. Ne serait-ce la présence du camp en arrière fond on pourrait croire à un simple moment de détente entre amis. Le cliché de la désinfection est plus austère et complètement posé.

 

[6] Au réfectoire : voir le visuel dans la partie visuels référents

Après la photographie du partage du pain, ce cliché témoigne d’une certaine frugalité. Kitrosser est debout, une légère plongée sur cette scène. Aucun des internés ne cherche à regarder le photographe.

 

[7] Un peu d'histoire : voire la note en bas de page

 

       
   
     
 
AUTEUR
Photo de l'auteur

Elisa Fuksa-Anselme, photographe-plasticienne.

Maître de conférences à l'Université de Paris I UFR 04 Arts-Plastiques, Panthéon-Sorbonne. Enseignante en photographie, Licence et Master Arts plastiques. Responsable et coordinatrice du département photo de l'UFR 04. Dans le cadre de son travail personnel, elle n'a de cesse d'interroger le médium photographique dans son histoire, son acte et son donné à voir. Sa recherche œuvre sur une suite de questionnements portant sur les notions de mémoire et plus particulièrement de transmission. Son travail s'articule autour des thèmes du lieu, des gens… Expositions et publications illustrent sa démarche, notamment : "Clichés pour mémoire",  Ed. Derrier. "Double-vue", Ed.Derrier.

RÉFÉRENTS VISUELS
Photo référente

schéma permettant de suivre le sens d'analyse de l'image

Photo référente

Cérémonie juive dans le camp de Septfonds - vers 1944
KITROSSER Isaac
Gélatino-bromure d'argent.
Inv. 82.3993.235
H 18,1 x L 24 cm

[4] « Le jour du Grand Pardon… »

Photo référente

Les conditions d’hygiènes

A l'heure de la toilette dans le camp de Septfonds - vers 1944
KITROSSER Isaac
Gélatino-bromure d'argent.
Inv. 82.3993.240
H 18,1 x L 24 cm

Photo référente

Les conditions d’hygiènes

Désinfestation dans le camp de Septfonds - vers 1944
KITROSSER Isaac
Gélatino-bromure d'argent.
Inv. 82.3993.237
H 18,1 x L 24 cm

Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie