Rites des jardins
Photo Rites des jardins

Rite des jardins - 1930
Harold EDGERTON
Gélatino-argentique
H. 35,4 x L. 27,7 cm
Inv. 98.9967.1

La technique d'Harold Edgerton surnommé "Papa Flash" dans le milieu de la photographie, connut de nombreux débouchés militaires, scientifiques et même esthétiques.

Rites des jardins

Nous regardons une photographie de façon différente qu'un dessin ou une peinture, car, nous savons que ce que nous y voyons était devant l'appareil au moment où cette image a été prise. Cela est si vrai que quelques images nous font oublier qu’il s'agit d'une représentation visuelle, de telle sorte que notre regard est guidé vers ce qui a été photographié ; d’autres, néanmoins, nous font réfléchir sur la manière dont la photo a été prise. C'est exactement ce qui se passe dans le cas de cette image.

 

1. Description

En n'observant que les aspects visuels, nous avons un rectangle noir avec quelques secteurs plus clairs, et, dans la partie inférieure de la photo, une irrégularité de texture. Du côté gauche, plusieurs lignes verticales et horizontales ; quelques figures organiques éparpillées en dessus et en dessous, et une forme plus claire, dans la partie inférieure, qui semble être déformée dans le sens horizontal.

Pour mieux comprendre ces aspects, il nous est nécessaire d’attacher notre attention aux éléments visuels en oubliant, pour un petit moment, ce à quoi ils se rapportent, car nous avons tendance à voir non pas les formes, couleurs et textures, mais une piscine, des gradins, un homme qui plonge et son reflet dans l’eau. D’autre part, il est important de remarquer que nous ne voyons ces choses et cet espace qu’en fonction de ces éléments visuels qui, apparemment, ne représentent rien. 

Nous avons alors des éléments graphiques abstraits, qui représentent des objets, qui composent un décor qui a été photographié. Ces informations, néanmoins, ne sont pas assez claires pour la compréhension de cette photographie que nous analysons, car elle ne se ressemble pas à une image ordinaire, telle quelle nous pourrions en voir dans la page sport du journal avec, par exemple, des observations sur un championnat de plongée ; il y a quelque chose de différent, qui dérange,  qui produit des doutes et qui nous incite à réfléchir d’avantage sur cette image.

 

2. La lumière

Un regard plus attentif nous montre que l'image n'exhibe pas quatre hommes, mais quatre moments d'une même personne, donc, l'appréciation de cette image exige une réflexion sur son processus de production.

On peut vérifier, alors, que les taches du côté gauche de la photo, sont les ombres des différentes positions du plongeur, et que celle qu’on observe dans la partie inférieure est un peu différente des autres. On peut imaginer qu'elle a été produite avec une autre source de lumière.

La photographie se présente à l’intérieur d’une pièce fermée dont l’illumination artificielle est nécessaire. Ainsi, des petits cercles foncés au plafond peuvent être vus comme des sources de lumière, mais ils semblent être éteints au moment de la prise de la photographie.

La source de lumière qui permet l'existence de la photographie semble venir, alors, de quelque part au-dessous et à la droite du lieu où  l'appareil a été placé, et cet appareil d'illumination se déplaçait de haut en bas. Cela laisse un doute : pourquoi je ne vois pas une tache, alors que cela arrive normalement quand une chose se déplace de haut en bas pendant que la photo est prise ?

Pour répondre à cette question il est nécessaire d’avoir quelques connaissances techniques. Dans les appareils photographiques il existe une pièce qui empêche le passage de la lumière, en s'ouvrant et se fermant seulement au moment où la photo sera prise. Cette pièce s’appelle obturateur et dans les appareils professionnels cela peut être contrôlé avec précision. Il est bien probable que le photographe ait laissé l'obturateur totalement ouvert pendant beaucoup de temps, ce qui aurait pour résultat une photo peu définie. Mais, comme tout était éteint, la pellicule n'aurait rien à enregistrer. Nous supposons, alors, l'existence d’un type d'illumination spécial, qui déclenche des éclairs de lumière à des intervalles réguliers, c’est ce que nous appelons la lumière stroboscopique. Chaque déclenchement de l'éclair serait équivalent à une photographie. Dans ce cas, nous aurions quatre photographies superposées.

En étant conscient de cela et en notant qu’il existe une différence d'espace entre les positions du plongeur, nous pouvons considérer que, probablement, l'intervalle entre les déclenchements de la lumière a été constant, mais il y a eu une augmentation dans la vitesse de déplacement de l'homme. Quant à celui-ci, nous pouvons supposer que c'est un plongeur expérimenté et confiant, car il a, probablement, sauté dans le noir, guidé seulement par l'illumination inconstante des éclairs (des flashs) de lumière.

 

3. Capturer le temps

L'impression que nous avons est d'une intention de dominer le temps, le capturer avec précision. Néanmoins, quoique la production de la photo ait été prévue, il est très difficile d'en avoir le contrôle.

Prenons l'exemple du registre de la dernière position du plongeur, qui se déplace entre le tremplin et l'eau, il serait très difficile d'avoir la certitude que cette position coïnciderait avec le centre de l'espace bidimensionnel de la photographie. Cela démontre qu’il existe un élément de hasard, même dans ce type de production, qui doit avoir exigé beaucoup de planification et travail de l’équipe.

Nous avons ici une image statique, néanmoins l'impression qu’elle cause dans notre perception est celle du mouvement. En expliquant mieux : nous savons qu'il a y eu un mouvement, mais nous ne pouvons voir qu’une partie de celui-ci, qui a été enregistré par la photographie stroboscopique, et qui montre des personnes arrêtées dans un certain mouvement.

Néanmoins, leur position simplifie la compréhension de la représentation d'une seule personne en mouvement. De cette façon, nous pouvons voir chacune des images comme faisant partie d'un seul mouvement. En complétant les parties qui manqueraient nous pourrions voir le mouvement dans l'ensemble.

Finalement, après avoir vérifié ce que la photo dit d'elle-même, nous pouvons aller voir plus d'informations sur ce sujet. Nous apprenons alors qu’elle a été faite par Edgerton. En cherchant des informations nous pouvons savoir que c'est un chercheur qui a développé la photographie stroboscopique, ce qui confirme les hypothèses sur les éléments mentionnés précédemment.

 

Edson Pfuteznreuter

OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES

- Décrire une photographie

- Decrire une photographie puis se renseigner auprès de la légende. 

NOTES

Pas de notes pour cette étude. 

AUTEUR
Photo de l'auteur

Edson Pfuteznreuter. Graduation - Éducation Artistique - Arts Plastiques - l'Université de São Paulo (USP),  Maître et Docteur en Communication et Sémiotique / Pontificale Université Catholique de São Paulo (PUCSP) – Professeur universitaire et chercheur. Actuellement Enseignant au Senac Service National d'Apprentissage Commercial et Unicamp - Université de Campinas. Axes de recherches : Communication visuelle, Design graphique, études de processus  créatifs et Critique génétique, Cyberculture et Sémiotique  Peircienne.

RÉFÉRENTS VISUELS
Photo référente

Athlète sautant en hauteur - vers 1900

MAREY Etienne-Jules

Gélatino-bromure d'argent

inv. 2005.0.50

H 24 x L 16,5 cm

Photo référente

Newt loken does back layout with a double body twist - 1942
MILI Gjon
Gélatino-argentique.
Inv. 98.9968.1
H 21,7 x L 34,5 cm

Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
Détail de la photographie
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