Hybridation
Photo Hybridation

[Sans titre] - Portrait d'une petite fille avec un bouquet de fleurs à la main - Entre 1850 et 1890 - Auteur non identifié - Daguerréotype - H. 12 x L. 9 cm - Inv 79.3347.1

Image unique, coûteuse et fragile, le portrait au daguerréotype est parfois inséré dans un écrin décoré.

Hybridation

Dès son invention, en 1839, la photographie a été le lieu de diverses retouches et de manipulations manuelles. C’est pendant l’année 1840 qu’a débuté la pratique du coloriage des daguerréotypes qui consistait à déposer des colorants ou des pigments à la surface des plaques. En effet, depuis que la plaque daguerrienne donne le portrait en noir et blanc, on rêvait aux couleurs, cela intéressait non seulement les photographes mais aussi le grand public. Ce medium qui peut reproduire forme et texture, ne peut pas reproduire spontanément les couleurs naturelles des objets. Ainsi, certains photographes ne se contentaient pas de cette reproduction et ils cherchaient remède par le coloriage des plaques en développant des techniques complexes qui ont été l’objet de brevets et de secrets d’atelier. La procédure du coloriage appliquée à la surface métallique du daguerréotype est souvent délicate et demande beaucoup d’habileté et d’acquisition des notions de peinture. Plusieurs méthodes ont été recommandées mais les applications sèches des couleurs donnaient un résultat satisfaisant. Un procédé tout simple consiste à prendre les couleurs sèches en poudre impalpable, préparées à l’avance, avec des petits pinceaux et les poser délicatement sur la surface de la plaque que l’on voulait colorier. Une couche de gomme arabique, de la gélatine ou tout autre liant organique versé sur la plaque puis séché suffisait pour fixer les couleurs. Cette tradition de peinture, par le coloriage à la main, des plaques de daguerréotypes a été appliquée le plus souvent sur les paysages et les portraits, où on essayait de faire ressortir, le plus souvent, l’éclat de l’or des bijoux, le teint de la peau, le rosé des lèvres et des joues, les couleurs des yeux et des cheveux, les différentes teintes des draperies et le raffinement des vêtements.

 

Portrait d'une petite fille avec un bouquet de fleurs à la main : un exemple de coloriage de daguerréotype par des pigments-matières

Le portrait d'une petite fille avec un bouquet de fleurs à la main relève visiblement d’une plaque de daguerréotype repeinte partiellement en couleur. Ce procédé, nous révèle l’engouement pour cette pratique qui a prospéré pendant la deuxième moitié du 19e siècle et qui unit l’art du portrait avec le désir d’obtenir l’aspect et la physionomie réelle du modèle et le désir de reproduire les couleurs. Acceptés par le grand public, certains daguerréotypes repeints en couleurs ont eu la reconnaissance de rentrer dans la catégorie des œuvres d’art.  

 

En regardant ce portrait sur plaque, le spectateur est attiré, en premier lieu, par l’éclat de la peinture dorée qui rehausse certains détails ; le bouquet de fleurs, les bijoux (les boucles d’oreilles, le médaillon du collier) et certains accessoires (les broches attachées aux manches de la robe, les boutons des bottes de la jeune fille, la fermeture de la pochette et le bouquet de fleur). En second lieu, on perçoit les parties repeintes avec des couleurs moins éclatantes qui se dégagent d’un fond sombre pointillé en blanc. Enfin, on essaye de discerner les éléments non repeints (dossier et empiètement d’une chaise, et le pied d’une table ronde) dont les détails s’estompent dans le fond sombre.

Au premier plan, on reconnait une jeune fille debout entre une chaise et une table, qui semble porter son regard vers le vide. Elle est vêtue d’une robe écossaise avec un décolleté bateau. Le corsage est garnie de bandes horizontales, les manches sont courtes et décorées de rubans, la jupe est drapée et semble être portée par un petit cerceau, laissant apparaitre des caleçons ornées de dentelles à longueur mi-mollet et des bottes courtes boutonnés et contrastés en dessus. La fille porte autour du cou un collier avec un médaillon, sa chevelure est séparée au centre et coiffée de chignons sur les cotés, au dessus des oreilles. Elle tient à la main droite un bouquet de fleurs et repose le bras gauche sur une table ronde recouverte d’une nappe teintée qui laisse apparaitre l’empiétement, au dessus de cette table est posée une pochette avec une fermeture dorée. Derrière la fille, est placée une chaise dont on ne discerne que le tissu d’une assise rehaussée de couleur. 

La jeune fille est inconnue, mais comme en peinture, ce photographe associe des objets qui suggèrent l’identité du modèle. Les éléments iconographiques que porte la fille prennent aussi une importance particulière, comme l’éclat des bijoux, de la coiffure et de la tenue vestimentaire à la mode des enfants des années 1850, ou encore des effets des teintes raffinées des étoffes. Tout cela suggère qu’elle est issue d’une famille aisée. Le choix des objets, qui entouraient la fille, ainsi que leurs couleurs sont aussi déterminé par les imperfections du matériel photographique dont on dispose pendant cette période. En effet, le matériel disponible ne permettait pas d’enregistrer un portrait parfait ; les photographes ont été obligé de se guider par une série de recommandations comme le choix d’un fond sombre pour réfléchir la lumière sur les vêtements, ces derniers doivent être aussi de couleurs foncés pour ressortir la figure du modèle par contraste. Il était aussi recommandé pour les portraits en pied avec fond uni, de choisir des meubles de formes élégantes et de disposer en dessus un objet pour obtenir l’apparence d’un intérieur d’appartement. Même pour le choix du regard, on recommandait au personnage qui posait de regarder vaguement un objet distant pour éviter l’effet déplaisant des yeux fixes.

 

Quelque soit le producteur de cette plaque; photographe portraitiste, artiste ou amateur, ce portrait révèle une habileté de praticien, une main exercée et un pinceau d’un coloriste expérimenté qui a su étaler les pigments sur la plaque et conserver les modelés et les détails des motifs des draperies. Il a su nuancer ses couleurs, de façon à produire des contrastes avec le fond, en conservant dans les parties sombres un ton qui fait ressortir les parties éclairées. Sa main corrigeait par les couleurs, le travail de la lumière pour donner à ce portrait une netteté qu’on ne pouvait atteindre avec le matériel qu’on disposait, l’effet pointillé du portrait, témoigne, alors des parties qui n’ont pas été colorées ; c’est le rehaut de couleurs qui fait jaillir cette plaque. Cela exprime l’extrême effort du photographe de créer l’illusion de la réalité naturelle, la presque perfection de la représentation de la fille, le sujet le plus important, et peut être pourrait on lui reprocher un peu de négligence dans certain détails de la chaise, de la table, du bouquet de fleur et des chaussures de la fille.

 

Certains daguerréotypeurs de cette époque n’étaient pas d’accord pour le coloriage, ils ont été poussés de colorer les portraits pour répondre à la demande du public qu’il doit plaire pour vendre cette marchandise. La valeur et la qualité de l’œuvre obtenue dépendait entièrement de l’habileté de celui qui tient le pinceau. A cette période, cette pratique du coloriage a été l’objet de nombreuses controverses, elle a été parfois critiquée et condamnée sous prétexte que c’était à la fois une atteinte de la perfection du produit et aux règles de l’art c'est-à-dire à l’homogénéité de deux procédés de nature opposés qui sont la peinture et la photographie. Le coloriage habile a été aussi populaire et approuvé par l’avantage dont dispose tout procédé qui donne une belle teinte de la peau, rajeunit et accroit la vivacité d’un portrait.

 

Avec le perfectionnement du matériel photographique et le développement de la photographie numérique, on n’a plus besoin de l’habileté d’un peintre et de son matériel de peinture manuel, pour corriger les défauts de l’enregistrement photographique, améliorer ou colorer une photographie en noir et blanc, mais juste des outils numériques qui simulent ces procédures. En effet, grâce à la généralisation de l’ordinateur et à la vulgarisation des logiciels de traitement d'image, n'importe quel amateur peut aujourd'hui se confronter à l'expérience de la retouche de la photographie. Un logiciel de type Adobe Photoshop présente une grande variété d’outils qui traitent facilement, automatiquement et rapidement l’image photographique numérique. A portée de clics, les outils de ce logiciel permettent de simuler des opérations graphiques et photographiques longues, difficiles, rigides, limitées et irréversibles qui s’appliquaient manuellement sur le support photographique dans le laboratoire du photographe.  A travers ce logiciel, le photographe - amateur et professionnel- peut colorer, sur l’écran, sa photographie constituée d’un nombre fini de pixels ayant chacun une couleur ou une valeur tonale distincte. Ainsi, la couleur utilisée est une couleur numérique, lumineuse, impalpable et virtuelle. Le coloriage de la photographie, consiste donc à la coloration des pixels en y accédant directement, ce qui rend la photographie numérique toujours prête à être retravaillée et recolorée par des outils numériques très souples.

Ines Rekhis Belghith

OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES

- Découvrir les début de la photographie : le daguerréotype

- Comprendre les évolutions techniques jusqu'à aujourd'hui

NOTES

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AUTEUR
Photo de l'auteur

Ines Rekhis Belghith est une graphiste tunisienne diplômée de l’institut supérieur des Beaux-arts de Tunis. Elle est actuellement doctorante et chercheuse au Centre de Recherche Images, Cultures et Cognitions (C.R.I.C.C) de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et professeur assistante de design graphique à l’Institut Supérieur des Arts Multimédias de la Manouba, Tunisie. Ses recherches portent sur l’hybridation de la photographie: Processus de production/réception et enjeux esthétiques.


RÉFÉRENTS VISUELS
Photo référente

Peinture - 2ème moitié du 20e s.  

KITROSSER Isaac (1899 - 1984)

inv. 82.3993.56

Photo référente

Coffret pour la retouche - vers 1905

Bourgeois Ainé, Photo-Miniature,

inv. 87.6508.1

Photo référente

Paysages de bord de mer - Vers 1900

album, p. 36,

inv. 85.5570.1

(retrouvez l'album dans son intégralité dans la partie exposition du site du Musée français de la Photographie). 

Détail de la photographie
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