Photo de groupe
Photo Photo de groupe

[Sans titre] - Photographie de groupe dans la neige - Entre 1900 et 1930 - Auteur non identifié -
Interprétation positive - H. 13 x L. 18 cm - Inv. 72.1888.1

"Une naissance ? Photo ! Une communion ? Photo ! Un mariage ? Photo ! Un travesti, une nouvelle robe, un voyage, des vacances, un repas mémorable, un départ, un retour, une réunion d'amis, une compétition, un meeting, une catastrophe ? Photo, photo, photo !" [Emmanuel Sougez, "La photographie", article paru dans Mieux vivre, n°5, mai 1938]

Photo de groupe

Identité du document à analyser

- photo en N&B.

- sans titre particulier, réalisée par un photographe amateur [1] entre 1900 et 1930.

- tirage d’après un négatif verre au gélatino-bromure d’argent [2]

- destinataire : sphère privée à laquelle appartiennent ces gens.

- genre de la photographie : portrait de groupe [3] peut-être professionnel, confrérie ou grandes écoles.

 

Description du document

Nous pouvons décrire [3] cette photographie : 

 

Sous les rayons lumineux du soleil, un groupe pose sur une route enneigée. Avec cette prise photographique,  nous sommes loin des clichés protocolaires. Les têtes s’inclinent, les corps s’équilibrent les uns contre les autres, ces hommes semblent s’assurer de bien rentrer dans le champ photographique [4], ils font "corps". Notons  que les places ne sont pas distribuées comme elles pourraient l’être dans un cliché réalisé par un photographe professionnel, ou même comme dans une photo de famille prise par un amateur où chacun doit prendre "sa" place.

La photographie nous donne quelques informations sur le lieu.

De gauche à droite : une haie, un poteau en bois sans doute pour l’électricité et quatre arbres ayant subi des élagages. La ligne d’horizon dévoile un léger vallonnement.

Aucune rigidité due à une pose trop longue, nous sommes entre 1900 et 1930 et le procédé utilisé, le gelatino-bromure, permet des temps de pose en fraction de seconde [5].

La photographie en tant qu’objet, nous renvoie à l’histoire de la photographie et de sa technique, il s’agit du médium. La photographie en tant que sujet, nous renvoie à ce qui est photographié, ici un portrait de groupe, il s’agit d’un genre.

 

Médium

Aujourd’hui, "je" lis cette photographie qui ne m’était pas destinée. Mon regard circule sur ce tirage [4], se laisse accrocher par le liseré noir [4] qui cadre la photographie, qui marque son format [4], ici 13 x 18 cm.

Les surfaces noires en son pourtour happent le regard. Un photographe peut définir l’origine de ces marques : dans la chambre noire [2], lors de la révélation de l’image latente [2] sur le négatif verre, les pinces ont, sans aucun doute, laissé des traces au moment des manipulations d’une cuvette à l’autre. Des traces chimiques ou de vieillissement à gauche et à droite, à une même distance du bord, sont également visibles...En bas à gauche, de légères scarifications subies par l’épreuve photographique.

C’est bien l’objet photographique que "je" viens de décrire : cette feuille de papier sensible de faible épaisseur que l’on découvre ici sur écran et non de manière palpable et visible entre ses mains.

 

Un genre photographique : le portrait de groupe.

"Mon" regard glisse et se fige là, en bas à droite. Un détail m’attire et va guider ma lecture. "Le punctum" [3] dirait Roland Barthes. Je rentre dans la photographie par ce fil noir qui va se loger sous la bottine de l’homme en veste de fourrure. J’observe cet homme qui plante son regard dans le mien, un léger rictus anime son visage.

 

Qui est-il ?

Je découvre un par un, les hommes qui composent ce groupe. Je m’attarde au centre : l’un d’eux particulièrement élégant prend la pose assis sur une luge. Je remarque au passage le sérieux des uns, la théâtralité des autres.

Qui sont-ils ?

Un cliché comme une énigme :

Quelle enquête pouvons-nous mener ? Que font ces hommes réunis sur cette route de campagne enneigée ? Quel moment ont-ils voulu immortaliser ? Une description attentive de ce qui est photographié nous permettra sans doute de donner, en un deuxième temps, du sens c'est-à-dire : passer de la description à la signification.

Ce qui nous est donné à lire, avec nos filtres de lectures [3], c’est un groupe d’hommes appartenant à un milieu aisé, visiblement heureux de poser ensemble. Les tenues vestimentaires attestent de l’appartenance à ce milieu social favorisé.

 

Nous pourrions faire un inventaire :

Veste et manteau de fourrure, costumes trois pièces, manteaux de laine bien coupés, veste en velours côtelé, chemises de drap fin, faux cols empesés, nœud papillon, foulard, écharpe, cravates, épingle de cravate, pince-nez, casquette à large bord, blouses aux pointes de col brodées, casquettes aux mêmes insignes brodés, chapeau bob, chapeau de feutre, knickers, chaussettes de laine aux motifs Jacquard, galoches, brodequins, bottines à boutons ou à lacets.

La photographie nous renseigne sur la mode vestimentaire de ce milieu bourgeois.

Mais était-ce l’objectif de cette photographie ? Non bien sûr, nous pouvons aisément comprendre que cette prise de vue d’amateur fut réalisée pour conserver le souvenir de ce moment passé ensemble. Cette photographie tirée sans aucun doute à plusieurs exemplaires sera conservée dans des albums [6], mise sous cadre ou posée simplement au-dessus de la cheminée.

Plus j’observe cette photographie, plus les postures, les regards, les accessoires attirent mon attention. S’il y a bien un groupe et il nous restera à envisager le lien qui les unit, on peut distinguer cinq "accroches" :

En lisant de gauche à droite [3]:

Groupe de trois hommes :

Le premier élégamment vêtu d’un costume de serge, col relevé (il fait froid), main posée sur son poignet, les pieds chaussés de galoches, prend appui de manière renversante sur l’homme à l’épais manteau de fourrure, au pince-nez, aux jambes de pantalon retroussées sur des bottines à lacets. Lui-même se penche sur l’épaule du troisième personnage. Ce dernier, pipe à la bouche, les yeux baissés sur son poignet, tient par une poignée son appareil photo et porte en bandoulière la sacoche photo. Que fait-il ? Surveille t-il le temps de pose ? Celui-ci est cependant bref. Est-il lui-même photographe amateur ? Qui est-il par rapport au groupe ? Il porte sur sa veste de velours la même blouse portée par d’autres.

L’homme assis sur la luge :

il ne regarde pas l’objectif mais présente un visage de face, son élégance raffinée, moustache lissée, chapeau de feutre, manteau de laine attestent de son appartenance à cette classe aisée. Le pantalon de chasse ou knickers que l’on peut deviner, les chaussettes et les brodequins à lacets sur tige de cuir peuvent nous faire penser (ordre de l’interprétation [3]) que cet homme appartient à ce terroir. Le choix de la luge nous questionne. L’attache qu’il tient en main nous incline à penser qu'il s’agit d’une luge de loisirs et non de transport. L’horizon à droite légèrement vallonné nous laisse imaginer que le lieu se prête à ce sport de glisse.

Deux hommes tête contre tête : cette posture familière peut nous intriguer. Geste d’amitié, de parenté…Etre sûrs d’être dans le cadre? L’un est coiffé d’une casquette. Des insignes sont brodés, peut-être des feuilles de chêne et de laurier, nous y reviendrons. Il a noué une cravate sous son col empesé, son compagnon a préféré un foulard, apportant une note plus romantique. Tous les deux portent la blouse, l’un par-dessus son costume, l’autre sous son manteau de laine. Quelle est la signification de cette blouse ?

Quatre personnages en blouse et casquette : étrangement ces quatre hommes attirent plus particulièrement notre attention par la similitude plus affichée de  leurs vêtements. Ils portent la blouse ouverte ou fermée sur leur costume et cette casquette aux motifs brodés. Si on observe bien la photographie, sa définition particulièrement poussée, grâce aux conditions de prise (bonne lumière, optique [5] sans aucun doute avec une bonne ouverture [5], plaque au gélatino-bromure) et aux modalités de tirage par contact [2], nous offre une multitude d’informations.

Prenons la blouse, ample, de larges poches plaquées, elle semble bien avoir pour fonction de protéger le costume trois pièces. Mais on remarque que les plis de la blouse sont retenus par une ganse, les boutonnières recouvertes d’une patte et les pointes des cols présentent le même insigne que celui de la casquette. (Ce n’est pas une simple blouse, elle semble faire partie d’un uniforme de qualité. Mais lequel ? Sil s’agit bien de feuilles de chêne et de laurier on peut évoquer l’appartenance à l’Administration. Mais rien de plus précis ne l’atteste.)

Ces quatre hommes semblent se prêter à la prise photographique avec plaisir. Trois regardent l’objectif, celui qui porte un pince-nez adopte une attitude rêveuse. Le plus jeune, en arrière esquisse un sourire.

L’homme à droite : revêtu d’une veste de fourrure trois quart à larges revers, couvert d’une casquette à visière étroite, les mains derrière le dos, une attitude bien campée, c’est, de tous les personnages présents sur la photographie celui qui affiche le plus de sérieux. Nous pouvons nous reposer la question : qui est-il ?

Mais avant de répondre, il faut tout d’abord comprendre que : si nous sommes en présence d’un cliché photographique, c’est bien qu’il y a eu un photographe.

Alors là, avec cette photographie anonyme, où est le photographe ? Installé sous un drap noir, derrière sa chambre photographique [1] vissée sur son trépied ? En train de dispenser les dernières recommandations pour l’ultime et "bonne photo" ? Certes non, le photographe est là devant moi, il fixe à jamais son regard dans le mien. Il a sous son pied la poire à distance reliée au cordon noir qui va lui permettre de déclencher  l’obturateur [5] de son appareil. Sa boîte à soufflet est sans aucun doute plus imposante que l’appareil de type "détective" [5]  tenu par le troisième homme en partant de la gauche.  

Nous pouvons mieux comprendre toute l’attention qui se dégage de cet homme. Sans doute, ne veut-il rien trahir de son acte qui est de déclencher l’enregistrement photonique [2].

Est-il le photographe amateur occasionnel de la "bande" ou bien au contraire un photographe amateur ayant une réelle pratique ? Va t’il réaliser plusieurs prises avec différents temps de pose (les plaques de verres sont facilement maniables) ?

Dans cet instant présent c’est lui, le photographe. Mais il est passé du côté des photographiés, pour être lui aussi portraituré. Ici, le rapport photographe-photographiés ne se fait pas dans un face à face, mais bien côte à côte. Le photographe est présent dans le cadre.

Ces conditions de prise de vue, nous amène à nous pencher sur l’histoire du médium.

 

Un peu d’histoire

Nous savons que depuis l’annonce à l’Académie des Sciences de Paris en 1839, de l’invention de la photographie attribuée à Daguerre [6], divers procédés mis au point permettent dans les années qui nous préoccupent (1900-1930) de travailler avec un matériel plus léger, avec des plaques sèches transportables (de différents formats en fonction des boîtes noires). Ces conditions entraînent une utilisation moins contraignante, l’on peut obtenir ce que l’on peut appeler un instantané [6], puisque le temps de pose permet enfin de figer le mouvement.

La pratique photographique se démocratise, en ce sens que très rapidement elle sort du champ professionnel mais demeure encore un luxe. Il faut savoir qu’à cette époque le film souple [6] existe déjà, mais de nombreux amateurs continueront d’utiliser les appareils à plaques.

A la lecture de cette photographie nous ne pouvons pas parler d’instantané au sens moderne du terme, mais bien d’une pose, d’une  mise en scène [1]  photographique. Et en même temps, nous devons parler d’instantané dans la mesure où les moyens techniques de l’époque permettent enfin de saisir les attitudes des onze personnes sans aucun flou. Nous remarquons un piqué [4] de bonne qualité. Nous avons une grande profondeur de champ [4], la netteté s’étire depuis les traces dans la neige au premier plan jusqu’aux arbres en arrière plan.

Nous n’avons pas le sentiment d’un effort physique devant l’appareil où le : "ne bougeons plus" avait tout son sens.

 

De la valeur testimoniale d’hier à la lecture d’aujourd’hui

Ce groupe semble bien appartenir à cette même couche sociale aisée, peut-être issue d’un même terroir. Une bourgeoisie où l’usage de la photographie a pris largement sa place. Ces hommes posent pour attester qu’ils étaient bien là. Ce qui ne devait être que le souvenir enregistré d’un moment partagé, devient des décennies plus tard (par ce passage de la sphère privée à l’espace public), le support d’une mine d’informations pour qui prend le temps de lire cette épreuve photographique…

 

Elisa Fuksa Anselme

 

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Explication de quelques termes :

> Photographe amateur :

Dès l’invention de la photographie (1839) de nombreux passionnés de chimie ou d’optique, vont acquérir de quoi se construire un appareil photographique et installer un laboratoire de développement. Ces photographes amateurs deviendront encore plus nombreux avec l’invention du négatif verre au gélatino-bromure d’argent. Cette surface sensible permet des vitesses de prise plus rapide et le matériel plus léger autorise toute sorte de situations photographiques nouvelles. Cette démocratisation de la pratique photographique reste cependant limitée à une classe aisée. Le matériel de base et de fonctionnement coutant relativement cher. Cependant le fait de sortir de l’atelier, de ne plus faire forcément appel à un professionnel ouvre le chemin de la créativité. De pose conventionnelle issue d’une tradition picturale on ose des mises en scène comme ici avec cette photo de groupe.

 

> Mise en scène :

Aussi étrange que cela puisse paraître la première mise en scène date du 18 octobre 1840 avec la photographie d’Hippolyte Bayard "Autoportrait en noyé"

Bayard se représente en noyé. Il s’agit d’une première fiction en photographie. La scène représentée est énigmatique, explicite lorsqu’on prend connaissance du texte au verso :

“Le cadavre du Monsieur que vous voyez ci-derrière est celui de M. Bayard, inventeur du procédé dont vous venez de voir, ou dont vous allez voir les merveilleux résultats. A ma connaissance, il y a à peu près trois ans que cet ingénieux et infatigable chercheur s’occupe de perfectionner son invention....Le gouvernement qui avait beaucoup donné à M. Daguerre, a dit ne pouvoir rien faire pour M. Bayard et le malheureux s’est noyé....”

 Cette “image” s’inscrit dans une stratégie, aujourd’hui on pourrait sans doute parler de performance. Bayard avec cette mise en scène photographique dénonce le choix qui a été fait. Mais l’invention de la photographie d’un point de vue symbolique et politique ne pouvait dans une perspective nationale n’avoir qu’un inventeur, ce sera Daguerre.

Ceci est d’autant plus intéressant que l’invention de la photographie, reconnue à l’Académie des Sciences avec le daguerréotype, pour sa capacité à rendre compte de la réalité, sa valeur testimoniale, se retrouve très vite dans une situation de fiction, de mise en scène avec cette photographie de Bayard (un positif direct sur papier).

La photographie ne dit pas la vérité, aucune attestation de noyade, mais expression du désappointement de son auteur.

Aujourd’hui la mise en scène photographique est un genre à part entière.

 

> Lecture de l’objet photo : Tirage - Liseré noir - Format - Champ photographique - Piqué - Profondeur de champ

 La photographie que l’on peut tenir dans ses mains est plate. Elle a une faible épaisseur et un format donné. Souvent à cette époque la photographie était collée sur un support carton. On parle de tirage lorsque l’on passe du négatif à l’image photographique positive. Ici le négatif est en verre et l’image positive obtenue par contact. C’est pourquoi le format de la photographie a le même format que le négatif verre. C'est-à-dire ici 13x18. Ce procédé par tirage direct permet une grande finesse de rendu.

On peut également obtenir un tirage photographique argentique en mettant le négatif dans un agrandisseur et en le projetant sur la surface sensible à un format défini. (par exemple aujourd’hui, avec un négatif 24x36 on peut avoir du 13x18, 18x24, 24x30 etc.) Plus on agrandit plus on accepte une perte de définition.

Dans la photographie de groupe (1900-1930) nous avons une grande netteté parce que nous n’avons aucune perte de définition, aucun agrandissement, mais un tirage direct. Cette netteté, que l’on peut presque définir comme une matière se dit dans le langage des photographes : le piqué de l’image photographique. Mais si cette netteté, ce piqué est dû à la qualité du négatif verre, du tirage par contact il est aussi le résultat d’autres paramètres. En effet la prise en extérieur jouit d’une bonne lumière et l’on peut penser que l’appareil utilisé par ce photographe amateur a une optique de qualité. Les réglages réalisés au moment de la prise permettent d’obtenir une grande profondeur de champ. Ici, il s’agit de la zone de netteté existant avant et après le groupe. Si nous avions une courte profondeur de champ, l’espace devant et derrière le groupe serait flou.

Le liseré noir qui encadre l’image photographique vient attester du tirage par contact. Avec des tirages plus contemporains à partir d’un négatif, le liseré noir vient attester du choix du photographe dans le viseur. C’est la partie non impressionnée du négatif. Certains photographes comme Henri Cartier Bresson (1908-2004) en font une signature, le liseré atteste de la prise, atteste qu’il n’y a aucun recadrage. Il faut toutefois remarquer qu’aujourd’hui avec l’image numérique s’il y a présence d’un liseré, celui-ci n’atteste en aucune façon du choix du cadrage, tout au plus d’une manipulation assistée par ordinateur.

 

> Lecture du sujet photo : Lecture de gauche à droite - Portrait de groupe - Décrire "Le punctum" - Filtres de lecture - Interprétation

Nous lisons le sujet de la photographie : un portrait de groupe. Nous lisons de gauche à droite dans notre culture occidentale. Dans d’autres cultures, la lecture peut s’effectuer de droite à gauche ou de haut en bas. Le genre photographique que nous avons sous les yeux est celui du portrait et plus particulièrement le portrait de groupe. Ce genre vise à immortaliser des moments où un groupe se rassemble que cette photographie soit à usage privé ou public, que cette photographie soit réalisée par un professionnel ou un amateur.

Ici le portrait de groupe vise la sphère privée, sans aucun doute ce moment enregistré dans la boîte noire atteste de la rencontre de jeunes gens ayant un lien avec soit : un lieu professionnel, une confrérie, ou une grande école.

Les portraits de groupe réalisés par des professionnels ou des amateurs deviennent très importants au sein de la famille. : baptême, anniversaire, communion, mariage. L’école va très vite faire appel à un professionnel : la photo de classe fait son apparition. Chaque année la famille commandera cette photo.

Dans le monde du travail on fait également appel au photographe : commerçants, artisans posent devant leur magasin ou leur entreprise. Aujourd’hui les grands couturiers font perdurer cette coutume.

Lorsque nous observons une photographie nous décrivons ce que nous voyons, ce que nous savons reconnaître.

Avec nos filtres de lecture (appartenance socio culturelle, classe d’âge, sexe…) nous lisons autrement la photographie.

Lorsque notre regard circule sur cette photographie, il n’existe pas un chemin unique allant d’un point à un autre. À chacun son chemin. Cette circulation du regard peut-être déterminée par un point qui vient déranger l’intérêt que nous portons à cette photographie. Ceci n'est pas codé. Très souvent il s’agit d’un détail.  Ce peut être ici : les numéros pour certains, les médailles pour d’autres ou encore le chapeau de l’homme à droite, le seul à être resté couvert. "C'est ce point, cette piqûre, ce hasard qui me point, me poigne." dira Roland Barthes (Roland Barthes "La chambre claire, note sur la photographie" Cahiers du cinéma Gallimard seuil. 1981).

 

> Histoire 1839-1930 : Daguerre - Instantané - Album - Film souple

Le 7 janvier 1839 Arago annonce officiellement à l'Académie des Sciences l'invention du daguerréotype, de son inventeur Jacques-Louis Mandé Daguerre. Protégé dans un écrin de cuir, tel un objet précieux, le daguerréotype gagne le public fortuné. Nombreuses sont les personnes qui vont préférer se faire tirer le portrait, malgré des séances de pose encore longues, plutôt que de passer commande auprès d’un peintre.

Les diverses inventions qui vont suivre vont permettre de sortir très vite de l’atelier. C’est avec le gélatino-bromure que l’on pourra parler des premiers instantanés.  Les plaques sont fabriquées en usine, les appareils plus faciles d’emploi et plus légers  de type "détective" comme celui présent sur la photographie de groupe, tout ceci va permettre d’obtenir des photographies moins figées.  Pour comparer en 1839 le procédé du daguerréotype demandait 15 à 30 minutes de pose, en 1854 avec une plaque au collodion sec le temps sera réduit en extérieur de 2 à 10 minutes, enfin à l’époque qui nous préoccupe on comptera le temps de pose en fraction de seconde.

La photographie devint très vite commerciale, présentée, collée sur un support carton. Que faire de ces nouvelles images ? Il fallait pouvoir les ranger et l’album s’imposa de lui-même, mais au départ, il n’était pas encore de famille. L’objet-album renfermait essentiellement des hommes illustres, quelques fois ses relations (on s’échangeait les cartes de visites, (invention de Disdéri en 1854). L’album relié cuir avec des ferrures, qui trônait dans le salon sur un guéridon était le lieu de la collection de ces cartes photos. Il témoignait d’une certaine relation au monde. Plus tard ce sera pour des raisons d’ordre économique que l’album deviendra essentiellement familial. L’acte photographique se démocratise. De l’album "collection de cartes" on passera à un autre type de collection : des photographies attestant la mémoire de la famille. L’album  deviendra intime.

Si l’instantané photographique apparaît avec le gélatino-bromure, il trouvera tout son sens avec l’invention de George Eastman en 1888. Les amateurs vont pouvoir se découvrir une passion avec son appareil Kodak. Selon le fameux slogan : "Appuyez sur le bouton, nous nous chargeons du reste", cet appareil de 15 cm de long sur 10 cm de large était équipé d’un obturateur à vitesse unique réglé à 1/25° de seconde et d’un objectif à mise au point fixe garantissant une netteté de 2,50 m à l’infini. On utilisait pour la première fois des films à bobine (rouleau de 100 vues). Ce nouvel usage changera l’acte photographique et l’on découvrira un autre regard dans les albums de famille.

OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES

- Lire une photographie d'amateur

- Etudier une photographie "Sans Titre"

NOTES

[1]  Situation

Le photographe amateur est une personne qui pratique la photographie en tant que loisir. Il s'oppose au photographe professionnel. 

La mise en scène d'une photographie est le fait d'organiser les objets ou les personnes pour la prise de vue. 

 

[2]  Laboratoire

Les photographies argentiques sont développées dans un laboratoire. L’image, formée par l’action de la lumière (enregistrement photonique) sur une plaque argentée dans la chambre noire est révélée par la chimie (révélation de l’image latente). Jusqu'à l'apparition du négatif souple sur céluloid et de l'agrandisseur, les négatifs en verre au gélatino bromure d'argent sont développés par la méthode du tirage par contact

 

[3]  Lecture du sujet photo

(voir en bas de page)

 

[4]  Lecture de l’objet photo

(voir en bas de page)

 

[5]  Appareil photo

L'appareil photographique a beaucoup évolué depuis le 19ème siècle, passant des chambres photographiques encombrantes aux appareils plus léger et portatifs comme les appareils détectives qui utilise les film sur support transparent en celluloïd jusqu'aux appareils photographiques que nous connaissons aujourd'hui. 

Les perfectionnement de l'optique permettent un temps de pose beaucoup moins long, l'ouverture de l'obturateur qui permet de faire entrer la lumière sur la surface sensible doit donc être plus rapide. Le temps de pose passe ainsi de quelques minutes à une fraction de seconde. 

 

[6]  Histoire 1839-1930

(voir en bas de page)

AUTEUR
Photo de l'auteur

Elisa Fuksa-Anselme, photographe-plasticienne.

Maître de conférences à l'Université de Paris I ufr 04 Arts-Plastiques, Panthéon-Sorbonne. Enseignante en photographie, Licence et Master Arts plastiques. Responsable et coordinatrice du département photo de l'ufr 04. Dans le cadre de son travail personnel, elle n'a de cesse d'interroger le médium photographique dans son histoire, son acte et son donné à voir. Sa recherche œuvre sur une suite de questionnements portant sur les notions de mémoire et plus particulièrement de transmission. Son travail s'articule autour des thèmes du lieu, des gens… Expositions et publications illustrent sa démarche, notamment : "Clichés pour mémoire",  Ed. Derrier. "Double-vue", Ed.Derrier.

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